jeudi 21 avril 2016

Un vertige muré dans un mausolée de marbre 4/4







 Adresse  de la photo : 41  Rue  Gal  Ferradou .Oran


Dans cette maison on naissait et on mourait. On naissait au rez-de-chaussée, ça 
 se passait entre les mains des grand-mères ou des médecins réfugiés d’Espagne qui n’étaient jamais repartis et dont le grand-père disait : « c’est la famille ».
On mourait au premier étage pour que les enfants soient épargnés. Comme des petits animaux blessés nous allions nous cacher sous les housses des chaises du rez-de-chaussée pour nous protéger. Et puis nous avons vu notre belle grand-mère porter un voile noir sur son chapeau et ses yeux verts jusqu’à la fin.

Mais cette fin-là n’aura jamais de fin sinon dans ces lieux géographiques et Dieu merci, les lieux sont transportables.
L’art permet de ressusciter les merveilleuses taches de soleil depuis de mortels vestiges. Non pas dans une fuite mais dans les démons des retrouvailles. Ce monde existe encore pour les enfants que nous sommes restés, dans nos conversations irremplaçables, quand l’un de nous tire le verrou du petit jardin d’entrée et grimpe jusqu’en haut, jusqu’à la terrasse pour se pencher sur la balustrade interdite et dominer la rue qui était en dehors de notre monde, en plein soleil de midi. 41 Rue Gal Ferradou et angle de la Rue Compagnon .Oran .
C’est dans ces moments d’intimité que notre vie sort du quotidien et de sa raison pure pour se rouler dans un virginal abri-renaissance parce qu’elle échappe à la comptabilité des jours qui ont suivi , aux bruits de l’actualité rugissante quand il n’y a plus de langage codé que l’émotion est douce à pénétrer, grâce à l’édifice de joies que notre grand-père et notre grand-mère ont couronné d’ondes du bonheur.
Même si de récentes photos montrent ce que les islamistes ont fait de notre âge tendre une prison entourée de très hautes murailles, un vertige muré dans un mausolée de marbre, même ce marbre ne saurait éradiquer la plus magnifique petite parcelle de notre histoire née dans la conscience des replis des ondes et des pages de cette Algérie éternelle que le nom de Allah veut museler même chez les musulmans fous de Lui.
Dans ces lieux étranges la fête est éteinte mais l’art de la naissance devra faire revivre les magies d’un jardin perdu dans le songe d’une famille nourrie de bonheurs simples ..

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